Ecrire rend libre

![]() |

pour écouter la musique appuyer sur le bouton adéquat du lecteur
J'ai parlé un peu de la Venise Moderne, des gens, des vénitiens d'aujourd'hui en notant, chemin faisant, ce qui plait me déplait ou m'attriste, perpétuant à ma manière la tradition du Président des Brosses (qui était d'une nature plus heureuse que la mienne).
Mais pour moi Venise c'est d'abord le retour des sensations fines, trop souvent perdues à Paris à cause du flux des automobiles. Les voitures disparues, envolées, les lourds animaux humains tout dépités de devoir retrouver leurs deux jambes, (l'effet est saisissant), on redécouvre une autre possibilité d'exister, merveilleusement fine et délicate. J'en écouterais du clavecin. Un siècle, le dix huitième (XVIII), surgit des eaux avec une fraicheur de naiades ou de bacchus marin.
Cette année je suis allé passer la nuit à Murano, dans l'ile aux maitres verriers (même s'il n'y en a presque plus et que désormais presque tout vient de Chine), dormir parmi les objets de cristal.
Et puis Venise c'est déjà le Sud, cette autre vie qu'est la vie du Sud, si spirituelle, où tout parait soudain plus léger, plus intelligent, où soudain presque plus rien n'a d'importance, où il est ridicule de dire des choses profondes. (Même sensation en Grèce).
La vie en "infradito" (chaussures ouvertes).
A l'expérience, je peux le dire, Il existe encore un véritable caractère vénitien qui traverse les siècles et les époques. Celui ci est fait de politesses sensibles, d'affabilité (Je ne vois que les gens élégants de Paris -devenus si rares-, pour les égaler en agréements, et -dans un autre registre- la douceur thailandaise ), de bon goût, de charme. Certes ce ne sont pas des gens grossiers (dans l'ensemble).
Si les filles, physiquement, m'ont décues, (je préfère les belles du Sud de l'Italie), il y a, surtout chez les gens simples, beaucoup de très belles personnes. N'Y a t il rien de plus beau qu'une vénitienne seule, célibataire, sans enfants, qui s'installe sur le pont arrière du vaporetto, et prend l'air en rentrant de son travail. Je ne dirais pas la même chose d'une parisienne bloquée au feu rouge dans sa voiture de fonction (qu'elle doit conduire elle même) et qui ouvre la fenêtre pour respirer la pollution.
Les hommes vénitiens sont très beaux (elles le disent et elles ont raison).
Et puis on y mange une cuisine délicieuse.
Le café Florian par exemple, ce haut lieu mythique de la place Saint Marc, la plus belle terrasse du monde, fait encore aujourd'hui une glace au tiramisu merveilleuse, un pur délice. Qu'elle soit un peu cher est sans importance lorsqu'on pense à ce qui veut se faire passer pour de la restauration aujourd'hui.
J'ai remarqué que des gens disent qu'à Venise on mange mal et cher. Il est vrai que les plats sont en général peu copieux. Mais qui ne comprendrait pas le dégoût des habitants de ces petites îles à nourrir les gros touristes internationaux et encourager chez ces gens un sadisme anal dont on sait qu'il est l'envers de leur volonté de puissance. Ils sont déjà bien assez lourd à pousser en gondole. A leur place moi aussi je servirais des plats minuscules. Si les gens pouvaient ils inonderaient Venise de leurs déjections (les méchantes langues diront que la Biennale d'art moderne le prouve régulièrement) . Celà le vénitien le sait, et celà explique cette forte répugnance qu'il a au contact des touristes.
L'habitant de la région "Veneto" qui court de Venise à Vérone, est connu en Italie pour ses bonnes manières. C'est vrai à Venise, ville marine, tournée vers l'Orient, c'est déjà moins vrai à Trévise, belle et ennuyeuse, où les manières tournent au ridicule provincial.
Musique: Antonio Vivaldi et le divin violon du palermitain Fabio Biondi

